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Relations entre médecins et patients

Un médecin doit la vérité à son patient. Pas si évident...

Le médecin doit-il dire la vérité au malade? Ou, au contraire, comme le préconisait Hippocrate, «cacher la plupart des choses au patient»? A travers les siècles, les praticiens ont été fidèles à ce précepte.
Ce n'est que dans les années 50 qu'apparaît un style de rapports bien différent entre praticien et patient. Intervient alors le consentement éclairé qui implique l'autonomie et l'assentiment du patient.

 

La blouse blanche et le pyjama

Olivier Guillod, juriste et directeur de l'Institut de droit de la santé de l'Université de Neuchâtel, parle de relation difficile entre médecins et patients

- Un véritable rapport d'égal à égal malade-médecin est-il possible?

- C'est un idéal à atteindre, mais c'est un peu utopique. Pour des raisons de caractère, d'éducation, de connaissances. Ce qu'il faut, c'est apprendre aux médecins à mieux communiquer, surtout vis-à-vis des gens qui sont moins bien armés qu'eux. A relever que dans leur cursus, il y a de plus en plus souvent des cours d'éthique mettant l'accent sur le droit et le respect du patient, sur la communication.

 - Que demeure-t-il du dictateur à blouse blanche, paternaliste, seul détenteur du savoir?

- Cette image devient caricaturale. Les choses changent, mais c'est un processus à long terme. Il n'est pas possible d'inverser le cours d'une tradition millénaire en une seule génération. Chez les jeunes pédiatres et psychiatres, notamment, je remarque une sensibilité plus grande au dialogue. Et moins chez les chirurgiens qui auront plus tendance à considérer l'organe ou la partie du corps à «réparer» que, globalement, l'individu à traiter.

 - Pourquoi, souvent, un langage aussi hermétique?

- C'est vrai qu'ils ont un penchant pour un jargon que l'immense majorité des malades ne comprend pas. Pourtant, je suis sûr qu'ils pourraient utiliser d'autres termes, voire des schémas, des dessins ou des mannequins, quand ils expliquent aux patients quel est leur problème. A noter que pour le praticien, un langage hermétique l'aide à masquer ses incertitudes ou à éviter le dialogue.

 - Comment dire la vérité? Selon le système abrupt introduit par les Américains dans les années 1960?

- Ces derniers ont un peu revu semblable manière de procéder. Chez nous, je n'ai pas d'inquiétude. Toutes les réactions que j'ai enregistrées sont hostiles à cette méthode américaine. Ce qui n'exclut pas quelques cas isolés. Information, oui, disent les médecins suisses. Mais l'important pour eux est de savoir comment la transmettre, à quel moment, peut-être de façon graduelle, afin que le patient puisse psychologiquement l'assimiler.

 - Une documentation écrite faciliterait-elle le dialogue?

- Oui. Pour beaucoup de gens, il est plus facile de lire et relire un texte que de comprendre ce qui est dit de vive voix. Par la suite, cela facilitera le dialogue avec le médecin. Les bonnes questions pourront alors être posées, ce qui est rare lors d'un premier entretien.

- Pourquoi d'autres possibilités de traitement sont-elles si rarement évoquées?

- Parce que le praticien préfère privilégier l'information sur les bénéfices du traitement qu'il préconise. Et, c'est vrai, il n'évoque que très rarement d'autres options de traitement, une information pourtant capitale si l'on veut respecter l'autonomie du patient.

 - Peut-on, doit-on informer un malade contre sa volonté?

- Quiconque a le droit de refuser de savoir tout ou partie de ce que le médecin devrait lui dire sur son état de santé. Comme on peut refuser une opération ou une transfusions sanguine. Une information donnée contre une volonté expressément manifestée est chose inacceptable.

 - Selon certains, en savoir trop peut être négatif...

- Effectivement, cela peut parfois inquiéter le malade, l'angoisser, surtout lors d'un diagnostic de maladie incurable. Cela dit, il y a aussi un côté bénéfique: si on dit la vérité, la personne concernée prendra peut-être des mesures préventives, par exemple en changeant son alimentation, ses habitudes de vie.

 - Et en cas de maladie héréditaire grave non encore déclarée?

- C'est un point très actuel dans le débat sur la génétique: connaître ou ne pas connaître ses prédispositions. Si l'on pose cette question, ainsi que cela a été fait, les gens ont beaucoup de peine à se déterminer ou ne sont pas sûrs de leur réponse.

»Si une personne veut connaître ses prédispositions et donne son accord pour des recherches, le médecin doit lui dire la vérité. Mais s'il ne veut rien savoir, là également le praticien ne peut rien imposer. Et une fois la vérité connue, que va faire le patient? Peut-être adopter des attitudes préventives. Néanmoins, il y a souvent un énorme fossé entre le diagnostic et les possibilités thérapeutiques.

 - Qu'en est-il du consentement en matière de psychiatrie?

- C'est sans doute le domaine le plus difficile pour les juristes en raison de leurs doutes sur la capacité de discernement de certains patients. Pour quelques psychiatres, il existe des situations qui obligent à moduler un peu l'information, parfois même à retenir des informations.

 - Les proches peuvent-ils être informés et prendre une décision si le malade ne peut le faire?

- C'est au patient et non aux soignants de déterminer s'il est en état de recevoir l'information.

»Quant à la décision à prendre, il n'est pas facile de savoir qui est susceptible de le faire si le malade est incapable de discernement, n'a pas de représentant légal et n'a désigné personne pour décider à sa place. La famille n'a juridiquement aucun droit de le faire. Certains juristes pensent qu'il appartient alors au médecin de chercher à déterminer auprès des proches ce que le patient aurait choisi. D'autres estiment que le médecin doit en principe passer par l'autorité tutélaire, qui peut prendre une décision ou nommer un curateur pour le faire.

»Le mieux, c'est bien sûr que ce soit le patient qui, d'avance, désigne une personne de confiance. Cela se pratique fréquemment aux Etats-Unis. En Suisse, c'est le Valais qui, le premier, a ancré cette possibilité dans la loi.

 - Qu'est-ce que le «privilège thérapeuthique» et qu'en penser?

- Selon le Tribunal fédéral, les proches doivent être mis au courant lorsque le praticien tait au patient des mauvaises nouvelles. Cela, parce que certaines informations pourraient handicaper sa guérison, ce qui n'a jamais été démontré. On sait au contraire qu'étant informé, le malade peut réagir beaucoup mieux que s'il ne l'est pas.

»Il n'appartient pas au médecin de décider si son patient supportera l'information ou non. C'est une façon comme une autre de se décharger sur la famille, ce qui perturbe les relations entre le malade et ses proches.

»Pour moi, ce privilège thérapeutique est regrettable et j'y suis opposé. En outre, c'est une violation du secret professionnel.»

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